Shintoïsme : le Dieu du Riz

J’aimerais aborder dans ce nouvel article un sujet qui me tient à cœur : le shintoïsme, et plus particulièrement les dieux de cette religion.

Cet article n’est évidemment pas un article scientifique, mais simplement un souhait de te partager (ouais je te tutoie, on se connait bien maintenant) l’une de mes passions. Nous n’allons pas aborder le shintoïsme dans son ensemble parce que ça serait IMPOSSIBLE (j’vais pas faire une thèse non plus oh) et parce que ce blog est dédié exclusivement aux animaux, c’est pourquoi je vais me concentrer aujourd’hui sur le dieu Inari, ma divinité favorite et… tu vas très vite comprendre pourquoi 😉

Un article un peu différent des précédents, plus léger, moins détaillé (du moins j’ai essayé), mais j’espère qu’il te plaira tout de même !

Romy

1. Un point sur le shintoïsme

Le shintoïsme est l’une des principales religions du Japon. Cette religion polythéiste comporte une infinité de dieux, appelés « kami » ou « divinité » en japonais, qui peuvent avoir une apparence et des compétences différentes en fonction des régions. Les adeptes pensent que toute chose possède une âme et donc peut potentiellement devenir un dieu. D’ailleurs certaines divinités peuvent naître d’une simple prière.

Les Japonais ont un lien très particulier avec les kami : durant l’Antiquité, il n’était pas rare d’observer des paysans remettant un dieu à « sa place » si ce dernier n’avait pas tenu ses promesses comme offrir une bonne récolte, protéger la famille, soigner un malade, … Tu pourras d’ailleurs lire un peu plus loin dans cet article une pétition écrite par des adeptes à l’intention du Dieu du Riz lui-même (ouais les paysans avaient le melon à l’époque, et je te parle pas du fruit).

1.1 Les dieux du Shintoïsme

Comme dit précédemment, il existe une infinité de dieux au Japon mais ils ne sont pas pour autant tous égaux.

Les trois premiers Dieux apparus sont Ame-no-Minakanushi, Takamimusuhi et Kamimusuhi. Tous les trois forment ce qu’on appelle le « zōka sanshin ». Ils ont rapidement été suivis par Umashiashikabihikoji et Amenotokotachi.

Ces cinq premières divinités forment ensemble le  » Kotoamatsukami « , les divinités célestes séparées. Ces dieux sont apparus lors de la création de l’univers.

La génération suivante s’appelle « Kamiyonanayo » et est composée en premier lieu de Izanagi-no-Mikoto, cocréateur du monde et époux d’Izanami-no-Mikoto, déesse de la mort et de la création et première épouse d’Izanagi (sacré charo celui-ci). Ils sont respectivement considérés comme étant le père et la mère de toutes les autres divinités japonaises.

Cette génération est la plus populaire aujourd’hui et comprend un nombre impressionnant de dieux plus ou moins importants. Mais avant de te parler de l’un d’eux, je dois aborder brièvement le Kojiki.

1.2 Le Kojiki : un livre fondateur

Le Kojiki (qui signifie « Récit des temps anciens ») est le plus ancien texte rédigé en japonais et est une œuvre fondamentale pour l’étude des civilisations et des langues anciennes du Japon.

Sa rédaction aurait débuté en 682 de l’ère chrétienne, sous l’empereur Tenmu (né en 622 ou 631 et décédé en 686), et aurait été achevée en 712 puis offerte à l’impératrice Gemmyō (661 – 721). Il contient les événements fondateurs du Japon et l’entièreté des divinités japonaises dans un récit continu (et pour un récit continu, je peux te dire que c’est pas de la tarte. Sans déconner, on n’est pas sur de « l’âne Trotro » là).

Le but de sa rédaction était d’unifier les différentes traditions et d’imposer la vérité officielle selon le clan du Yamato, clan royal qui imposa son pouvoir sur l’archipel de 250 à 710 après Jésus-Christ.

Il sera considéré au XIXe siècle comme le livre saint du shintoïsme. Certains hommes d’État voulurent même ériger le shintoïsme au rang de religion nationale afin de rejeter d’autres religions « importées » au Japon tel que le bouddhisme (importé au Japon via un flux migratoire de la population chinoise et coréenne au milieu du VIe siècle) ou le christianisme (importé dans un premier temps au XVIe siècle par le Portugal et l’Espagne avant d’être interdit en 1614 puis de nouveau autorisé en 1854 avec l’ouverture forcée du Japon à l’Occident).

Voici un extrait du Kojiki que je possède, traduis du japonais au français par Pierre Vinclair. Ce passage annonce les cinq premiers dieux formant le Kotoamatsukami :

Kojiki, page 21 : Générations de Supérieurs

Voici le nom des Supérieurs qui, au commencement du Ciel et de la Terre, apparurent dans Plaine-du-Haut-Ciel : Maître-de-l’Auguste-Centre-du-Ciel, puis Auguste-et-Haut-Merveilleux-Protecteur, puis Divin-Merveilleux-Producteur. Ils s’engendrèrent seuls, puis disparurent.

Voici le nom des Supérieurs qui – lorsque la jeune Terre, semblable encore à une flaque d’huile, flottait ainsi qu’une méduse dans la mer – naquirent ensuite comme d’une pousse de roseau ayant germé : le plus vieux était Charmant-Prince-de-la-Pousse-de-Roseau-l’Ainé et le second Céleste-qui-Éternellement-Demeure. Ces deux Supérieurs-là s’engendrèrent seuls, puis disparurent.

Les cinq Supérieurs susnommés sont les Célestes Séparés.

Cet extrait parle donc de l’apparition de Ame-no-Minakanushi, Takamimusuhi, Kamimusuhi Umashiashikabihikoji et Amenotokotachi, cités au début de cet article.

2. Inari : le Dieu du Riz

2.1 Les différents noms d’Inari

Les légendes d’Inari contiennent de nombreuses contradictions : la superstition de ce dieu est difficile à définir à cause, notamment, de la confusion d’idées des adeptes eux-mêmes ainsi que part la variété d’éléments qui ont formé ces légendes.

Le culte d’Inari est, au départ, d’origine chinoise, mais a rapidement été confondue avec le culte d’une autre divinité shintoïste avant d’être modifiée et remodelée par les concepts bouddhiques de thaumaturgie (le fait de faire un miracle dans le domaine religieux) et de magie.

Inari, qui signifie « Mesure-de-Riz » est le Dieu-Renard du riz (et là tu comprends pourquoi je le kiffe), des moissons et de la fertilité. Dans le Kojiki, le recueil de mythes dont nous avons parlé juste avant, Inari est nommé « Uka-no-mi-tama-no-Mikoto » ou « l’Auguste-Esprit-de-la-Nourriture ». Ce n’est qu’assez récemment que lui fût attribué une connexion avec le culte du renard, lorsqu’il obtint le nom de « Miketsu-no-Kami » ou le « Triple-Dieu-Renard ». En effet, la conception du renard mythique n’est apparu au Japon qu’au Xᵉ ou XIᵉ siècle (oui, c’est récent le Xᵉ siècle donc arrête de traiter les trentenaires de vieux).

Comme dans la Grèce antique, il existe une multitude de représentations différentes d’Inari (tout comme il existe une multitude de représentations de Zeus) qui est honoré de diverses manières : à Matsue, Inari est considéré comme le dieu des Rhumes (pas la boisson) et des Refroidissements, maladies très communes et graves dans cette région. Les locaux de la ville d’Oba vénère un Inari spécial : on trouve dans son temple une grande boîte remplie de petits renards en argile. Les pèlerins qui viennent faire une demande au Dieu-Renard emportent avec eux l’une de ces statuettes qu’ils conserveront dans leur maison jusqu’à la réalisation de ce vœu. À ce moment-là, ils devront restituer la statuette au temple et offrir un petit présent, s’ils en ont les moyens.

Derrière la majorité des temples se situe un trou percé dans le mur à quelques centimètres du sol. Ce trou s’appelle « le trou du renard » et il contient diverses offrandes faites à Inari tels que du tofu ou des edamames (des fèves immatures de soja). À quelques pas de là sont disposées des graines de riz déposées sur une planche. Ces graines sont destinées au croyant venu faire une demande au Dieu du Riz : il s’installe devant ces graines, frappe dans ses mains, fait sa prière et avale une ou deux graines de riz qui, selon la légende, le soigneront ou le préserveront de la maladie.

Les graines de riz possèderaient ces pouvoirs de guérison, car elles porteraient en elles un fantôme de renard, nommé respectueusement par les locaux « O-Kitsune-san » (« kitsune » signifie « renard » en japonais). Cet esprit ne se montrerait qu’à de rares occasions et, lorsqu’il le ferait, il serait toujours vêtu d’une magnifique fourrure blanche.

2.2 Les différents renards

Dans le culte d’Inari, tout le monde n’est pas d’accord sur le nombre exact de renards surnaturels existants :

  1. Certains croyants pensent qu’il en existerait une infinité
  2. d’autres ne les séparent qu’en deux sortes
    • le Renard d’Inari ou O-Kitsune-san (le bon renard)
    • le Renard-Sauvage (le renard malin)
  3. certains les divisent en Renards Supérieurs nommés
    • Byakko
    • Kokko
    • Jenko
    • et Reiko
  4. et d’autres encore les partagent en trois espèces, qu’ils confondent souvent
    • le Renard des Champs,
    • l’Homme-Renard
    • et le Renard-Sauvage.

Ces divergentes sont plus ou moins fortes en fonction des régions du Japon. Cependant, une chose semble mettre tous les croyants d’accord : tous les renards, bons ou mauvais, possèdent des pouvoirs surnaturels. Tous les malins ont la puissance du dieu Inari, qui est un bon renard, mais le plus terrible d’entre eux reste sans nul doute le Ninko (l’Homme-Renard).

2.2.1 Le Ninko ou « l’Homme-Renard »

Le Ninko a la capacité de prendre possession du corps de ses victimes. Il aurait la taille d’une belette et une apparence proche de celle-ci, hormis la queue qui serait celle du renard commun (débrouille-toi pour imaginer le bazour, j’ai pas trouvé d’illustrations). Le Ninko reste caché de tous sauf des humains auxquels il se serait attaché. Il vivrait dans la demeure de ses favoris et porterait bonheur au foyer qui l’abrite en échange de nourriture. On dit que « […] L’eau, par ses soins, ne manquera pas aux rizières ni le riz au pot-au-feu. ». À l’inverse, il porterait malheur à la famille qui l’aurait offensé et détruirait alors les récoltes en guise de vengeance.

2.2.2 Le Nogitsune ou le « Renard-Sauvage »

Le Nogitsune est également un mauvais renard. Plutôt que de prendre possession des humains, comme le Ninko, le Renard-Sauvage use de sorcellerie et peut prend l’apparence de ce qu’il souhaite. Seuls les chiens ont la capacité de le démasquer, ce qui font des canidés la première menace de ce renard. Un autre moyen de découvrir sa réelle identité est d’observer son ombre passant sur un point d’eau : elle seule garde sa véritable apparence de renard.

Certains paysans, agacés ou apeurés par cette créature, s’aventurent à tuer le Nogitsune mais peu s’y risquent tout de même car « qui tue un renard court le risque d’être ensorcelé par ceux de son espèce. ». Le seul moyen de se protéger efficacement de l’ensorcellement du Renard-Sauvage est de manger sa chair, car elle préserverait le paysan de son enchantement.

Tout comme le Ninko, le Nogitsune peut parfois s’abriter dans une demeure. Dans de rares cas, les deux espèces peuvent cohabiter dans un même foyer, mais c’est généralement la plus petite des deux espèces, le Ninko, qui élit domicile.

Une légende raconte qu’un mauvais renard parvenu à rester en vie jusqu’à l’âge de cent ans deviendrait blanc et entrerait dans les rangs d’Inari, rejoignant le clan des bons renards.

2.2.3 Les Renards-Démons

Les Renards-Démons, une autre sorte de mauvais renards, sont fortement redoutés pour leurs diverses pratiques perverses : pour se venger ou par pure méchanceté, les Renards-Démons dupent et usurpent l’identité des paysans pour s’ériger en protecteurs d’une famille (famille qui sera ensuite crainte par le voisinage). Certains Renards-Démons pénètrent parfois dans l’esprit des hommes et les poussent à la folie, ce mal est appelé « Kitsune-tsuki ».

Notons que ces démons prennent de préférence l’apparence d’une magnifique jeune femme pour égarer un homme. On trouve aujourd’hui de nombreux contes parlant de Femmes-Renards, des créatures usant de la beauté féminine pour manipuler la gent masculine. De ce mythe est apparu l’insulte « Kitsune ! », dirigée vers des femmes qui tenteraient de charmer et dépouiller des hommes.

On trouve malgré tout quelques histoires dans lesquelles la Femme-Renard n’est pas diabolisée. Dans l’un de ces contes, que j’affectionne particulièrement, un esprit renard pris l’apparence d’une jeune femme après avoir été secouru par un homme bon, mais terriblement seul. L’esprit se métamorphosa en une charmante jeune femme afin d’épouser l’homme et de fonder ensemble une famille, en guise de remerciement.

2.3 Le peuple et Inari 

La dévotion des paysans à Inari, et aux kami en général, s’explique principalement par la peur : de crainte de perdre ses récoltes et donc son gagne-pain, le paysan évite de provoquer la colère des renards et honore Inari.

Je terminerai cette première partie sur le shintoïsme en te partageant une pétition retrouvée dans le temple Taidodji à Nara. Cette lettre est le témoin d’une croyance profondément ancrée des paysans envers leurs dieux.

Cette pétition est écrite de la main d’un certain Hideyoshi et est directement adressée à Inari :

« À sa seigneurie Inari.

Kyoto, le 17e jour du 3e mois

Monseigneur,

J’ai l’honneur de vous informer que l’un des renards placés sous votre juridiction vient d’ensorceler l’une de mes servantes, lui causant, ainsi qu’à tous ceux qui l’entourent, une détresse profonde. Je viens vous demander de bien vouloir faire, à cet effet, une enquête minutieuse ainsi que tous vos efforts pour découvrir les motifs qui ont poussé votre sujet à agir de la sorte, puis de me faire connaître le résultat de vos recherches.

S’il est bien avéré que le renard n’a point de raisons suffisantes à expliquer sa conduite, vous devrez, à la fois, l’arrêter et le punir. Dans le cas où vous hésiteriez à prendre cette juste détermination, je serai obligé de donner des ordres afin de faire procéder à la destruction de tous les renards du pays.

Les détails complets sur la manière dont les choses se sont passées pourront vous être donnés par le grand-prêtre Yoshida.

En vous priant d’excuser l’imperfection de cette lettre, j’ai l’honneur d’être

Votre obéissant serviteur,

Hideyoshi Taiko

3. La Note de Romy

Je me suis rendue compte en écrivant cet article qu’il comportait beaucoup trop de détails pour n’en faire qu’un seul. J’ai été obligée de supprimer de nombreux passages et légendes pour qu’il ne soit pas trop pénible à lire.

Je te reparlerai donc des légendes d’Inari dans un second article parce que là, ça va se finir en mémoire si je continue d’écrire 😉

Comme tu as pu le constater, je n’ai pas écrit de conclusion (t’as l’œil, bien joué) parce que, selon moi, les conclusions sont plutôt réservées aux articles scientifiques et non aux mythes qui doivent être lues dans leur entièreté pour être comprises (mais je me trompe peut-être).

Ce troisième article prend fin ici, j’espère qu’il t’aura plus et que tu seras au rendez-vous pour le suivant !

Romy

4. Bibliographie

9 commentaires sur “Shintoïsme : le Dieu du Riz

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  1. Super. Article et profile très intéressants ^^ Tu as dû voir l’épisode « Bonne chasse/Good hunting » de Love, Death and Robots sur le sujet ? Si non, je conseille, un chef d’oeuvre d’animation sur une huli jing.

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