Le chat, ce toxicomane

Alors que j’étais détendue dans mon fauteuil en plein visionnage d’un documentaire animalier, une séquence d’un chat mangeant une plante sauvage apparaît. Je riais de la réaction du matou quand une question est venue à mon esprit : pourquoi est-ce que les chats aiment autant l’herbe à chats ? J’ai été étonnée de ne pas avoir la réponse (moi qui croyais absolument tout savoir, tu m’étonnes que j’ai été surprise). Pourtant j’ai trois chats et mes matous ont eux-mêmes ce que l’on appelle de « l’herbe à chats » à la maison. Je me suis donc lancée à la recherche de cette plante qui rend fou tous les félins, de notre Moustache domestique au grand Scar (#NeverForgetMufasa).

Dans ce deuxième article, je vais te parler de la très célèbre cataire (ou KATZENMINZE en allemand). D’où vient-elle ? Pourquoi nos chats l’aiment tant ? Que provoque-t-elle dans le cerveau de nos félins ? Je vais tenter de répondre à toutes ces questions ici.

Romy

Comme toujours, tu peux retrouver un résumé de l’article en conclusion 😉

1. Qu’est-ce que « l’herbe à chats » ?

1.1 L’herbe à chats naturelle

Il existe plusieurs plantes qui rendent Moustache fou fou : on retrouve, entre autre, la Nepeta mussinii (ou « herbe aux chats ») et la Nepeta cataria (Cataire ou « menthe aux chats »). Comme tu peux le constater, leurs noms se ressemblent beaucoup. En réalité, quand on parle d’herbe à chats, on associe souvent ce terme à la cataire alors qu’il s’agit en réalité de la Nepeta mussinii. Mais je vais être honnête avec toi : sauf quelques minimes différences, ce sont les mêmes plantes.

Pour permettre une meilleure compréhension du texte, je parlerai donc dans cet article de la cataire comme de l’herbe à chats, mais sache que ce n’est pas tout à fait exact.

Nepeta Cataria

La cataire est une plante vivace cultivée en tant que plante ornementale, aromatique et pour ces vertus médicinales.

Chez l’humain, la cataire a longtemps été utilisée sous forme de sirop pour apaiser les douleurs et l’agitation des plus petits principalement (colique, poussée dentaire, …). Par le passé, elle servait aussi de stimulant utérin pour déclencher des accouchements ou des menstruations.

Chez les félidés, du petit chat de compagnie au grand fauve, la cataire provoque une réaction impressionnante et déclenche plusieurs comportements spécifiques à l’espèce. Une réaction qui serait due à la népétalactone, une substance que possède la Nepeta et qui partage certains composés de la valériane, autre plante très prisée par le chat.

1.2 L’herbe à chats « conditionnée »

Herbe à chats conditionnée (et très beau basilic en arrière-plan)

Lorsque l’on parle d’herbe à chats, on pense plus naturellement à ces petites tiges bien vertes qui poussent tranquillement dans un coin du salon plutôt qu’à une plante sauvage comme la cataire. Et c’est normal. Dans les grandes surfaces ou en animalerie, ce que l’on te vend être de « l’herbe à chats » n’est rien d’autre qu’un mélange de graines d’orge et d’avoine auquel est ajouté du substrat lyophilisé. Ces graines, une fois arrosées, donneront de belles touffes d’herbes. Pour faire simple : c’est de la pelouse (on te ment Billy).

La raison pour laquelle nous confondons souvent la cataire avec l’herbe conditionnée provient d’un amalgame. En Europe, on ne fait pas la distinction entre l’herbe à chats, qui désigne le mélange de graines et les « herbes-aux-chats », qui regroupent les différentes plantes stimulantes (cataire, menthes-aux-chats, valérianes, …). Donc on ne te ment pas vraiment en fait, on profite juste de ton ignorance pour te vendre de la pelouse (te voilà rassuré).

Malgré cela, cette fausse « herbe à chats » conditionnée est tout de même utile pour nos félins : lorsqu’ils font leur toilette, les chats ingurgitent une grande quantité de poils qu’ils doivent ensuite expulser hors de leur estomac. S’ils n’ont pas accès à l’extérieur et à de l’herbe fraîche (pas celle de Snoop Dogg), des boules de poils vont se former et boucher le système digestif. C’est là qu’intervient l’herbe à chats conditionnée : elle va permettre à Moustache de purger son estomac et d’éliminer les poils. En plus d’être utile (et bourrée de fibres), la version conditionnée va aussi occuper les chats d’intérieurs et leur apporter une distraction supplémentaire (s’ils sont intéressés par l’herbe, c’est pas tous des camés).

2. Réactions des félins à l’herbe à chats

Tout d’abord, il est important de savoir que tous les chats ne réagissent pas systématiquement à la cataire : environ 30% des chats semblent n’y porter aucun intérêt. Ils peuvent même avoir des préférences : certains matous vont être très stimulés par la cataire, mais ne ressentiront rien face à la valériane, par exemple. Cela est dû au fait que l’attirance ou non aux herbes-aux-chats, et plus particulièrement à la népétalactone, est déterminée génétiquement.

L’âge joue également un rôle important dans la stimulation du chat à ces herbes : la sensibilité aux effets euphorisants de ces plantes apparaît à la puberté, vers l’âge de six mois, mais il est possible que cette sensibilité se développe plus tôt. J’ai déjà pu observer de jeunes chatons remontés à bloc après un shoot de valériane (je te jure j’ai failli y rester).

Mais au niveau du cerveau, comment ça se passe ? Pour répondre à cette question, faisons d’abord un zoom sur l‘organe voméronasal.

2.1 L’organe voméronasal

L’organe voméronasal (ou organe de Jacobson) tient son nom de l’os vomer (comme Homer mais avec un V), un os situé dans le nez. L’organe voméronasal est un organe complémentaire au système olfactif et est présent chez tous les mammifères, dont l’humain (mais il n’est plus vraiment fonctionnel chez nous).

À gauche (vert) : l’os vomer chez l’humain – À droite (mauve) : l’organe voméronasal chez l’humain

Chez le chat, cet organe se situe entre le palais de la bouche et le septum du nez, au-dessus des incisives. Il est muni de chimiorécepteurs, des récepteurs qui détectent et analysent des substances chimiques avant d’envoyer les informations recueillies vers le système nerveux central. Il sert donc à détecter les phéromones, des molécules transmettant des informations sur les comportements sociaux comme le comportement sexuel, parental ou autre.

En vert : Organe voméronasal chez le chat

Les phéromones peuvent parvenir au système olfactif de l’animal par différents moyens. Chez les félidés, l’ouverture de l’organe voméronasal se situe dans la cavité orale, comme précisé précédemment. Lorsque Moustache sent des phéromones, il retrousse la lèvre supérieure, inspire profondément et son esprit s’en va loin (très loin vers les étoiles).

Moustache quand il réalise qu’il a oublié ses noisettes sur la table d’opération

Cette grimace, observée par bon nombre de propriétaires de chats, s’appelle en réalité « la réaction de flehmen ».

2.2 Le flehmen

Le flehmen (prononciation : flehman) vient de l’allemand et signifie « retrousser la lèvre supérieure » (c’est évident).

La réaction de flehmen a pour objectif de fermer les narines du chat et d’inspirer de l’air par la bouche pour mieux décoder les phéromones interceptées par l’organe voméronasal (c’est grâce à cette grimace que Moustache sait si Minette est sur Tinder ou non).

Le flehmen est donc une réaction tout à fait normale et inoffensive. Elle n’est d’ailleurs pas pratiquée exclusivement par les félins ! D’autres espèces utilisent le flehmen pour décoder les nouvelles odeurs comme la chèvre, le mouton, le lama, le cheval, … et le serpent (les serpents sont bizarres, je te l’avais dit). D’ailleurs, tu as sûrement déjà vu un cheval avoir une réaction de flehmen.

Je te rassure en affirmant que le flehmen est une réaction inoffensive et c’est bien le cas. Mais il est important de noter que le flehmen chez le cheval peut, dans certains cas, indiquer une douleur accrue due, par exemple, à une colique.

Réaction de flehmen chez un cheval (ou toi, quand tu souris sur les photos de famille)

2.3 Les comportements spécifiques du chat

De nombreux propriétaires et scientifiques ont constatés que, lorsqu’un chat interagit avec de l’herbe à chats, son comportement change radicalement. Au contact de cette plante, une stimulation chimiosensorielle se déclenche, entraînant des comportements surprenants, qui poussent Moustache a renié les lois fondamentales de la bienséance. Il va alors ouvrir la bouche (la réaction flehmen), donner des coups de pattes arrière ou mâcher l’herbe tout en produisant des grognements.

Ces comportements sont spécifiques à l’espèce et peuvent être facilement décryptés :

  1. Reniflement et mastication = comportement d’appétit oral
  2. Roulement et frottement sur l’herbe = comportement sexuel féminin
  3. Frapper la source d’herbe = comportement de jeu
  4. Donner des coups de pattes arrière = comportement de prédation.

Dans cet article, je t’ai parlé de l’organe voméronasal et de son rôle dans l’analyse des phéromones. Est-ce que cela signifie que les substances stimulantes seraient également traitées par l’organe voméronasal et donc par le système olfactif accessoire ? Les scientifiques Hart et Leedy ont mené, en 1985, une étude pour répondre à cette question.

Ils partaient de l’idée que le besoin d’un chat de se rouler dans la cataire était peut-être une réponse sexuelle activée par le système olfactif accessoire. Mais ils ont constaté qu’en supprimant cet organe voméronasal, les réactions à l’herbe à chats n’avaient ni disparues ni été modifiées. Cependant, en procédant désormais à l’ablation non pas de l’organe voméronasal mais du lobe olfactif, situé dans le cerveau, toutes les réactions à l’herbe à chats ont été supprimées instantanément et définitivement.

En rouge : lobe olfactif situé dans le système nerveux

Il semblerait donc que les substances stimulantes de la cataire soient traitées par le système olfactif principal (lobe olfactif) et non par le système olfactif accessoire (organe voméronasal). De ce fait, lorsque l’on dit que le chat réagit à la cataire comme il réagit aux phéromones, ce n’est pas tout à fait exact puisqu’avec ou sans organe voméronasal, le comportement du chat reste identique face à la népétalactone.

3. En conclusion

Il y a deux types d’herbes pour chats :

  1. Les « herbes-aux-chats », une catégorie regroupant différentes plantes stimulantes pour félins (cataire, menthe aux chats, valérianes, …).
  2. L’herbe à chats conditionnée, un mélange de graines d’orge et d’avoine riches en fibre. Elle facilite la digestion du chat et élimine les amas de poils formés dans l’estomac. Cette herbe est non stimulante pour le chat.

Tous les chats ne sont pas susceptibles de réagir aux herbes-aux-chats : environ 30% d’entre eux ainsi que la majorité des chatons de moins de six mois sont insensibles aux effets euphorisants.

Au niveau du cerveau :

L’organe voméronasal, ou organe de Jacobson, est un organe complémentaire au système olfactif, il est présent chez tous les mammifères, mais moins efficace chez l’humain et il permet de recueillir et d’analyser des phéromones.

Les phéromones sont des molécules véhiculant des informations sur les comportements sociaux tels que la disposition à l’accouplement, l’agressivité potentielle de l’individu, …

Lorsqu’un animal comme le chat sent des phéromones, il va pratiquer le « flehmen » afin de transmettre l’odeur, inspirée par la bouche, jusqu’à l’organe voméronasal, où les informations contenues dans les phéromones seront analysées et décortiquées.

Au contact d’une plante stimulante comme la cataire, une stimulation chimiosensorielle se déclenche au niveau du lobe olfactif et active des comportements spécifiques aux félins qui peuvent être associés à des comportements parentaux, prédateurs ou de jeu.

4. La note de Romy

Cet article sur l’herbe (attends la suite) à chats est terminé !

J’ai beaucoup appris en écrivant sur ce sujet, que je pensais pourtant connaître sur le bout des doigts. J’espère que toi aussi tu auras appris des choses et que tu seras au rendez-vous pour lire le prochain article !

D’ailleurs, pour l’anecdote : savais-tu que l’humain possède aussi des phéromones ? Ils se forment sous l’aisselle, dans un mélange de transpiration et de poils. Donc si tu ne parviens pas à trouver l’amour, espace peut-être tes douches et garde les coudes levés, on ne sait jamais 😉

J’ai quand-même une petite confidence à te faire avant de partir : je n’ai pas eu l’idée d’écrire sur la cataire en regardant un documentaire animalier, mais avec une vieille vidéo Youtube de Benzaie (les vrais savent). Un chat couvert de cataires séchées est apparu à l’écran et ça m’a fait marrer. C’est pas glorieux, je sais, mais ça a le mérite de m’avoir donné une idée. J’espère que tu me pardonneras ce petit mensonge.

Sur ce, je te souhaite une bonne journée et à bientôt sur Voix de Renard !

Romy

5. Bibliographie

3 commentaires sur “Le chat, ce toxicomane

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  1. Salut Romy !

    Merci pour ce super article très intéressant !

    Une petite astuce à te donner, si tu me le permets, bien sûr. Renseigne-toi auprès de ce super jardinier blogger Jean-Claude qui t’indiquera peut-être comment obtenir de l’ « herbe à chat » chez toi tout le temps afin de t’éviter d’en acheter encore et encore : https://spotjardinmonsite.com/
    J’ai eu un chat qui a vécu la moitié de sa vie en appartement, j’ai bien connu ces pots d’ « herbe à chat » que l’on te vend en commerce. Certains étaient bien, d’autres pas du tout.

    Sinon, actuellement je vis en campagne et j’ai une autre petite chatte Chipette (mon autre chat Clarence étant décédé à l’âge de 20 ans passé, il y a près de trois ans déjà) et elle, son addiction : les crevettes ! Une vraie folle !

    Autre petit détail super important (information venant d’un vétérinaire), que tu connais peut-être : jamais de chocolat pour les chats ! C’est très mauvais pour leur santé, surtout leurs reins. Et ils peuvent en être addictifs.

    Encore merci pour cet article et bien écrit ! Comme c’est agréable…

    Bisous,

    Christine 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton superbe commentaire ! Je vais me rendre sur le blog dont tu parles, ça peut toujours être intéressant 🙂

      Évidemment, jamais de chocolat ! D’ailleurs d’autres aliments comme l’oignon, l’ail, … sont également extrêmement mortels pour nos amis à quatre pattes !

      Merci encore pour ton commentaire et contente que l’article t’ait plu ! 🙂

      Aimé par 1 personne

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