Le Vulpes Qiuzhudingi

Pour commencer ce blog, il me fallait écrire un premier article. La question se posait alors : quel sujet traiter en tout premier lieu ? Après une vidéo Youtube, trois cafés et une banane (j’aime beaucoup les bananes), mon regard se perdit sur la page d’accueil de Voix de Renard.

C’est alors que l’illumination fût : le renard polaire, notre égérie. Mon premier article ne pouvait traiter d’autre chose que du renard. Cet animal si majestueux et pour lequel j’éprouve une profonde admiration (#LoveMumFox). Je suis alors partie à la recherche d’informations sur ce canidé, qui m’ont menées jusqu’à son ancêtre, Vulpes Qiuzhudingi.

Je vous partage dans cet article les incroyables découvertes recueillies sur le grand-papy du renard polaire !

Si tu n’as pas le temps de lire l’article dans son intégralité, tu peux directement te rendre à la conclusion (mais attention, tu passeras à côté de touches d’humour de qualité !).

1. Qui est Vulpes Qiuzhudingi ?

Représentation de Qiuzhudingi

Vulpes Qiuzhudingi est une espèce éteinte de la famille des canidae vivant il y a 3.60 à 5 millions d’années, à l’époque du Pliocène inférieur, au Tibet et plus précisément vers le bassin du Zanda et de la cordillère du Kunlun. Il serait l’ancêtre du renard arctique moderne (Alopex Lagopus).

Carte du Tibet

1.1 Des fossiles découverts au Tibet

Entre 2006 et 2012, des scientifiques découvrent dans le bassin du Zanda trois fossiles de mâchoires inférieures, dont l’une possédait encore des crocs, élément plutôt rare, mais très précieux.

En observant ces ossements, et plus particulièrement un reste de molaire inférieure, Zhijie Jack Tseng, paléobiologiste à l’American Museum of Natural History de New York et co-auteur de l’étude, a tout de suite su qu’il s’agissait d’un canidé, mais il ne disposait pas encore d’informations suffisantes pour corréler ces ossements à ceux d’autres espèces.

Il faudra attendre 2010 pour que Tseng et son équipe examinent une nouvelle fois ces fossiles et découvrent une ressemblance frappante entre les dents de Qiuzhudingi et celles du renard arctique.


Fossile de mâchoire inférieure de Vulpes Qiuzhudingi

Comme vous pouvez le voir avec la photographie ci-dessus, les molaires inférieures du fossile ne possèdent pas de cuspides et sont bien plus acérées que ceux des autres espèces de renards.

Et là tu te dis « Mais Romy, qu’est-ce donc qu’une cuspide ? » PAS D’INQUIÉTUDE, je te le dis de suite. Les cuspides sont quatre arrêtes convergentes qui permettent de distinguer les différentes catégories de dents. En gros, ce sont les quatre petites bosses que tu sens sur tes molaires (pardon aux dentistes pour cette vulgarisation).

Vulpes Qiuzhudingi devait être un très bon chasseur et faisait vraisemblablement partie de la catégorie des hypercarnivores, des carnivores se nourrissant exclusivement de viandes, alors que nos renards modernes sont omnivores et possèdent des molaires bosselées leur permettant de mâcher des plantes.

  • a) et c) mâchoire du renard arctique moderne d’Alaska
  • b) mâchoire de Vulpes Qiuzhudingi

1.2 Le renard hypercarnivore

La présence d’hypercarnivores à cette époque et dans cette région du monde n’est pas étonnante en réalité : les animaux polaires font face à un environnement extrême et glacial qui consomme beaucoup de leur énergie. De plus, les températures privent ces animaux de nombreux végétaux, poussant ceux-ci à se tourner exclusivement vers la viande. Cela pourrait expliquer pourquoi des carnivores nordiques comme l’ours polaire ou le loup gris sont devenus de grands prédateurs.

D’ailleurs, quels auraient été les mets favoris de ce cher Qiuzhudingi ? D’après des fossiles trouvés aux alentours des restes du renard préhistorique, il semblerait que ses proies principales aient été des musaraignes, des campagnols et des écureuils… tout comme le renard arctique !

En se basant sur ces mêmes mâchoires, le Docteur Xiaoming Wang a pu définir la taille de Vulpes Qiuzhudingi : il aurait été 20% plus grand que le renard polaire moderne et aurait donc une taille équivalente à un grand renard roux (Vulpes Vulpes) de sexe masculin ou au renard des sables tibétains (Vulpes ferrilata). (Mais si tu le connais. C’est le renard qui semble subir douloureusement les vannes de ton père sexagénaire. Et puisque tu m’es sympathique, je vais te mettre une image de ce joyeux luron.)

Renard du Tibet après une énième blague sur son faciès

Cette taille pourrait s’expliquer à l’aide de la Règle de Bergmann démontrant que la taille moyenne du corps augmente vers les pôles nord. Cependant, le renard arctique ne suit pas cette règle (le filou) puisqu’il est plus petit que ses confrères.

La règle de Bergmann ne semble pas non plus s’appliquer aux petits carnivores. En effet, la taille des petits carnivores dépendrait plutôt de leur alimentation et non du climat : si la proie habituelle du prédateur est petite, le prédateur lui-même sera plus petit que d’autres carnivores mangeant de grandes proies. Ça paraît plutôt logique : qui serait capable de manger quelque chose de plus grand que lui ? (Hormis les serpents. Les serpents sont bizarres.)

1.3 Vulpes Qiuzhudingi et Alopex Lagopus : unis par les liens de la descendance ?

Autre information importante : Vulpes Qiuzhudingi aurait vécu dans une zone séparée par 2 000 km de la zone la plus proche du renard arctique moderne (ce qui fait plutôt loin, tu en conviendras). Ces deux espèces seraient-elles réellement liées ? Link Olson, biologique spécialiste des mammifères à l’Université d’Alaska Fairbanks n’en est pas si sûr : « Comme les auteurs [de l’étude] le notent brièvement, cela pourrait bien être encore un autre exemple de convergence ». Il pourrait donc s’agir de deux espèces qui évoluent et s’adaptent de la même manière à un environnement semblable.

Selon Olson, il serait préférable d’analyser en détail l’arbre généalogique du renard pour confirmer le lien entre Vulpes Qiuzhudingi et le renard arctique.

2. Le Tibet, berceau de l’évolution ?

Pour Tseng, la découverte de ce renard préhistorique confirme la théorie du « Out of Tibet » selon laquelle, à la fin du Pliocène (il y a 2.6 millions d’années), lorsque l’Arctique arborait des températures considérablement plus chaudes tandis que le Tibet était plus froid, les animaux du plateau tibétain auraient évolués pour braver les intempéries.

Au début de l’ère glaciaire, ces prédateurs frileux seraient descendus du plateau tibétain pour se diriger vers des régions plus chaudes comme la Russie, la Sibérie et le nord du Canada, créant alors la célèbre mégafaune de cette période glaciaire.

De plus, l’équipe de Tseng a découvert des origines communes sur le plateau tibétain entre certaines espèces comme le rhinocéros laineux, la hyène, le léopard des neiges et le renard arctique. Il semblerait donc que la théorie « Out of Tibet », étoffée d’espèce en espèce par Tseng et son équipe, tienne la route.

3. Conclusion

En conclusion, Vulpes Qiuzhudingi était un mammifère de la famille des canidae, aujourd’hui éteint, vivant entre le bassin du Zanda et la cordillère de Kunlun au Tibet, il y a entre 3.60 et 5 millions d’années et pourrait être l’ancêtre du renard arctique moderne.

Les fossiles découverts dans cette région nous dévoilent certaines de ses caractéristiques :

  1. Vulpes Qiuzhudingi possédait des dents plus acérées que celles des autres espèces de renards.
  2. Il faisait partie de la famille des hypercarnivores.
  3. Il se nourrissait principalement de petits mammifères tels que des écureuils, musaraignes et campagnols.
  4. Il était environ 20% plus grand que le renard arctique et de taille équivalente au renard roux ou au renard tibétain.

Cette découverte enrichit la théorie du « Out of Tibet » supposant que le Tibet aurait été le berceau de l’évolution de la mégafaune de l’ère glaciaire.

4. La Note de Romy

Ce premier article est terminé !

J’ai essayé de synthétiser et de simplifier un maximum les données recueillies sur cette espèce sans trop vulgariser pour autant. J’ai appris beaucoup de choses en rédigeant cet article et j’espère que vous aussi ! Le renard est une espèce que je trouve vraiment incroyable et découvrir tant de choses sur son potentiel ancêtre est fascinant.

D’ailleurs… Penses-tu que Vulpes Qiuzhudingi est bel et bien l’ancêtre du renard arctique ou te ranges-tu du côté de Link Olson ? Donne-moi ton avis en commentaire et n’hésite pas, par la même occasion, à me faire part de tes impressions sur ce premier article.

Si tu veux en apprendre plus sur ce spécimen préhistorique, tu peux retrouver tous les liens qui m’ont été utiles dans la bibliographie.

On se retrouve prochainement pour décortiquer la vie d’autres animaux !

5. Bibliographie

2 commentaires sur “Le Vulpes Qiuzhudingi

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